L’iconothéque du Dr Lartigue …

Mon Jubilé…

Article paru dans la “Vie au Soleil” n°116 Juillet 2007

50 ans de photographie de nudité et de nature…

A 26 ans, Alain Lartigue réalise sa première photo « naturiste ». Et publiera ses premiers clichés dans la Vie au Soleil dès 1958. Voilà un 50e anniversaire qui mérite d’être salué ici…par la publication de quelques-uns de ses plus beaux souvenirs illustrés, en toute liberté…

Printemps 1957 : Ayant évité de partir me mêler au gâchis de la guerre d’Algérie, j’ai terminé le film sur les « Eaux souterraines » en chantier avec Haroun Tazieff depuis deux ans. Et je me trouve à 26 ans chargé de mon premier travail professionnel rémunéré : couvrir pour un éditeur parisien de films fixes destinés à l’enseignement un programme d’images de géographie sur tout le midi méditerranéen et les Alpes (plusieurs centaines de sujets). Projet tentant n’est-il pas ? J’aménage en camping-car une vieille camionnette Renault Celtaquatre pour me rendre indépendant et je pars sur les routes en commençant par l’extrême ouest de la côte : Collioures. Progressant pas à pas, j’arrive sur la Côte d’Azur en début juillet. Vu mon âge, la chasteté monacale de mon existence me pesait un peu dans ces lieux riches en tentations, minijupes ou bikinis…

C’est alors qu’arrivant au Lavandou me revint en tête l’émerveillement de mes sept ans, lorsque mes parents me firent découvrir le Levant. Profitant du 14 juillet, sac au dos et tente sur le dos, je pris le bateau de Loulou le Corsaire et débarquais dans l’île de mes rêves, qui avait bien réduit depuis 1938. Et là, comme Georges Moustaki l’avait découvert quelques années plus tôt (Il y revint avec moi en 65 lorsque j’y tournais la fin de « Comme au Premier Jour », le film de la FFN), ce fut le paradis. Bien accueilli par de sympathiques individus, je compris que la nudité et l’absence d’attitudes provocantes des jeunes filles autour de moi me libérait l’esprit et me donnait une autre dimension de l’existence. J’avais emporté mon Rolleiflex et le vieux Leica de Tazieff, et je fis quelques photos . Parmi mes voisins de camping, ce jeune couple avec un jeune enfant ne fit aucune difficulté pour se faire photographier
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photo-1.jpg Et pourtant, ce furent mes premières photos naturistes et je n’avais encore aucune référence à proposer.

L’expédition ne me ramena à Paris qu’en automne, et ce ne fut qu’au printemps 58 que je repris contact avec le naturisme, en rencontrant les Lecoq. Albert me demanda des clichés pour le journal qu’il avait créé. Ce furent donc mes premières publications.

Cette même année, sur les indications d’Albert Lecoq, je découvris les gorges de l’Ardèche dans le camp de la Châtaigneraie. Enthousiasmé par ce décor de western, j’y fis quelques photos. Un jour, je vois arriver dans le camp une très belle jeune fille et sa mère. Des anglaises qui venaient de Corse. Bien bronzées donc. Rapidement dévêtue, elle ne s’aperçut pas qu’un papier plié était resté collé sur son sein gauche. Et se promenait ainsi décorée. Je fis leur connaissance et il en résultat quelques clichés dont celui-ci à l’entrée de leur tente.

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L’année suivante, une dizaine de jours au Levant me permirent entre autres de faire la connaissance de Jean Millet et de ses amies, les sœurs Vaquer, filles du propriétaire de la pension Marie-Jeanne. Je fis de nombreux clichés avec Paule.

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Quand à Jean, embauché par le Comte de Quatre-Barbes, il s’installa en Corse, s’y maria pour mieux s’intégrer et y vit toujours, dans une belle maison sur les hauteurs de Ste Lucie de Porto-Vecchio, où je lui rendis visite en 2003. Document étonnant : une image de Paule dans une crique de Port Cros – elle a 18 ans – et celle –symétrique- faite en Corse quinze ans plus tard, dans la crique des Quatre-Barbes où je la retrouvais venue dire bonjour à Jean. Hélas elle devait mourir d’un cancer généralisé deux ans plus tard.

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Puis ce furent de nouveau les gorges de l’Ardèche, mais cette fois avec un objectif : faire un film sur le camp d’été de l’Union des Jeunesses Naturistes. Peu désireux de traiter cela comme un docu gnangnan je leur proposais un scénario de science fiction : la vie de deux groupes d’adolescents, dénués de tout, réfugiés dans le canyon après une catastrophe atomique. Entreprise un peu folle qui nous vit descendre les gorges avec une quinzaine de garçons et deux filles.Présenté au gala d’Arena en 1960, il obtint le grand prix (la palme en quelque sorte…).

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En 1964 nous avions découvert, en rentrant de Hongrie par la Yougoslavie, la Corse et ce grand camp de Villata (qui n’a fait que rétrécir pour bientôt mourir). C’était pour nous un paradis. La réputation des photos que je publiais fit que ma photothèque compte tant d’images de chastes jeunes filles nues dans la nature…

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Ce qui peut sembler facile d’enregistrer des images de gens normaux nus… ne l’est pas du tout dans le milieu naturiste. Trop de personnes ne souhaitent pas voir cet aspect de leur existence dévoilé dans un journal, même si l’identification peut être difficile – vues d’ensemble où les figurants sont très petits, silhouettes ou vues de dos- surtout que la vision nue de quelqu’un que l’on ne connaît qu’habillé est déroutante … j’ai plusieurs expériences très démonstratives à ce sujet.

C’est ainsi qu’au début des années 70 un éditeur ayant entrepris la publication d’un dictionnaire des médecines naturelles m’a demandé un cliché comme celui de la couverture du « Singe Nu » de Desmond Morris, pensant que je n’aurais pas de difficulté à trouver dans les centres naturistes une petite famille présentant bien . Las ! De Monta à Bélézy, en passant par le Lizot, ce ne furent que déconvenues ; c’est tout juste si je ne risquais pas ma réputation auprès de gens ne connaissant pas la Vie au Soleil…Et je ne trouvais la solution qu’en dehors des centres, sur le Cap Taya, où se pratiquait alors le camping sauvage. J’y étais pour quelques jours avec Guillemette, une amie

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et un pompier de Nice, qui avait femme et enfants, et accepta fort gentiment une séance de photos, dont celle-ci qui fut publiée dans le dictionnaire .

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Depuis, passé au numérique depuis bientôt dix ans, je continue à faire quelques clichés tous les étés, comme celles-ci, à la Source Saint Pierre, sur les bords de l’Hérault .

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En conclusion, je dirais que je ne sais toujours pas ce qu’est une photo naturiste. Pour moi, je fixe des images de nudités dans la nature qui peuvent évoquer les vacances, le soleil, la terre et l’eau. C’est tout. Et par contre, je me rends compte que l’éducation artistique que mes parents me donnèrent dans mon enfance, me faisant connaître les musées italiens, les peintres de la Renaissance, et accrochant au dessus de mon lit une reproduction de la Source d’Ingres, est pour beaucoup dans cette recherche de la beauté dépouillée de toute référence temporelle. C‘est pour moi une manière de créer des images que j’ai l’audace de croire fixées dans une éternité.

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