Le mois d’août 1962. Juillet s’est passé en Espagne, où nous avions tourné « El Burro de Carton » dans la Sierra de Teruel (commenté par Michael Lonsdale, il figure dans les quelques films de ce blog). Sans repasser par Paris, nous retrouvons Bernard Magos, le spéléologue qui nous attend en Ariège. Notre ami commun Michel Leroy a obtenu de son producteur – Robert Mariaud de Serres- le financement d’un court-métrage sur une exceptionnelle concentration de concrétions de la grotte de la Cigalère, non loin du gouffre de la Pierre Saint Martin, de sinistre mémoire. L’équipement utilisé en Espagne – deux caméras 16 mm dont une grosse électrique- va être employé pour ce tournage. Estelle, ma première épouse – que l’on aperçoit en touriste dans El Burro – m’accompagne, et nous sommes rejoints par Michel et un stagiaire Michel Silbermann.
La galerie que nous devons filmer fut découverte par Bernard Magos qui la fit connaître au curé de Sentein, le village du fond de cette vallée pyrénéenne ; il l’avait baptisée « le septième ciel ». Laissant Estelle et Michel dans le petit hôtel de Sentein (une table de toilette par chambre avec broc et cuvette en pocelaine – le confort) nous partons pour la grotte. Cinq heures de chemin muletier avec l’équipement : tentes , provisions, équipement ciné, le tout sur le dos d’un mulet conduit par son propriétaire.
Dès le lendemain nous faisons une première expédition. Il y a plusieurs heures de progression, plus ou moins facile avant d’arriver à la galerie en question. Cette partie est visible en noir et blanc au début du film « Fleurs de Cigalère » lui aussi sur ce blog. Notre matériel d’éclairage (batteries et lampes 24 volts) étant des plus rudimentaire, notre temps de prises de vues était limité (2 à 3 heures) à la suite de quoi il fallait ressortir et descendre trouver une ancienne galerie de mine où un éclairage électrique était encore en fonction, nous permettant de recharger les batteries.
Mais, les cathares et Marilyn dans tout ça ? J’ y viens ; ce fut le moment ou le destin de miss Monroe croisa le mien. Le correspondant local de l’AFP avait su la présence de touristes spéciaux à Sentein et, interviewant Michel, en avait tiré un télex disant qu’Alain Lartigue, assistant d’Haroun Tazieff faisait un film de spéléo dans le coin. Mais il avait aussi envoyé un autre télex annonçant que le Spéléo Club de l’Ariège à Montségur fouillait les cavités du mont à la recherche du trésor des cathares. Les deux étaient parvenus au rédacteur en chef de Paris Match qui m’envoya un télégramme me demandant de m’y rendre pour faire un reportage photo sur ces explorations. Evidemment Bernard et moi fûmes ravis et laissant Silbermann – que nous surnommions “le juif aberrant”- au camp de base, nous redescendons et partons pour Montségur. Contact chaleureux avec les ariégeois – Bernard étant bien connu comme découvreur de grottes dans leur milieu. Ils avaient exploré différentes cavités, que Simon de Montfort qui écrasa les cathares réfugiés à Montségur avait fait boucher , avec des débris comme avec les boulets de pierre que sa catapulte lançait. Car c’était ainsi qu’ils avaient fini par les obliger à se rendre, ayant détruit les toits à l’intérieur du château, leur seule source d’eau, récupérant les pluies. Une première photo montre les boulets. La deuxième est prise au fond d’un boyau d’une dizaine de mètres. Dans l’argile on y voyait des traces de doigts remontant à mars 1244, dont une croix cathare mal visible sur ce cliché. Une dernière photo montre le donjon tel qu’il se dresse en haut des 600 mètres du piton rocheux.
J’envoie aussitôt les négatifs à Match, et reprenons notre film. Hélas, la semaine suivante le numéro est consacré au décès de Marilyn, et plus tard, en me rendant mes clichés, ils s’excuseront en précisant que si le trésor des cathares avait été trouvé…..Si elles avaient été publiées, ces photos auraient-elles connu une suite ? Avec le recul et connaissant la presse en question, je suis heureux de l’avoir évité. Par contre j’avais gardé un des boulets récupérés et l’avait laissé chez des amis dans un château du périgord. Y est-il encore ? …





