L’iconothéque du Dr Lartigue …

MEMOIRES (extrait 1)

Voici un extrait des “Mémoires d’un qui n’en avait pas” . Sous ce titre, frappé au coin de l’autodérision (genre de véhicule à ne pas conduire sous l’emprise de l’alcool) se déroule le premier jet, entrepris en 1998, de mémoires illustrées de quantité de photos prises durant plus d’un demi siècle. J’avais alors constaté que ce type d’œuvre n’existait pas encore. Cela flattait mon égo de pionnier – vous ais-je dit que le Centre National du Cinéma m’attribuait (sans doute par une faute de frappe) un film réalisé en 1870, soit vingt ans avant les regrettés Frères Lumière? Las! Les éditeurs contactés ne me furent d’aucune aide. Le dernier éditeur d’Haroun Tazieff me dit que son père lui avait recommandé de ne jamais faire ce que d’autres n’auraient pas fait au moins sept fois; et Hachette contacté lors d’un salon du livre, mal aiguillé par le titre “Menu” que j’avais donné à la table des matières, m’envoya au rayon des livres de cuisine!… Donc, depuis, j’attends le miracle. Peut-être devrais-je boire de l’eau de Lourdes? Mais je préfère les vins aux appellations sacrées, tels Saint Emilion, Saint Estèphe ou Saint Amour, pensant qu’ils peuvent être des truchements valables avec les divines puissances. Ainsi soit-il.

INTRODUCTION

Ami lecteur, ne cherche point dans ces propos une réflexion profonde sur l’évolution de la société durant ce dernier demi-siècle ni d’analyse psychologique fine des brillants personnages que j’ai pu côtoyer. Tel n’est point mon propos et je ne m’en sent pas la capacité, d’ailleurs

Que ce soit en prose ou en vers,

Je crois savoir qu’il est pervers

De poèter plus haut

Que l’on a son lanlaire

Ayant vécu beaucoup de situations très diverses – dont certaines fort peu à mon honneur –j’ai l’outrecuidance de croire que d’aucuns pourront dans ces narrations trouver une distraction et pourquoi pas un engeignement comme disait mon bon maître François Rabelais. De toutes façons, la mère de mes enfants m’a toujours conseillé d’écrire mes souvenirs plutôt que de les raconter, « au moins , comme cela, personne ne sera obligé de les lire » disait-elle.

Comme d’autre part je pratique depuis mon jeune âge l’enregistrement d’images sur ce qui fut des sels d’argent devenu depuis de petites puces (ce que l’on nomme “photographie”) et que certaines de ces images furent jugées suffisamment bonnes par des éditeurs pour être publiées, j’ai mêlé les deux en proposant ces “mémoires illustrées” dans la présentation desquelles je ne m’étendrais pas plus car, comme le répétait mon père,”ainsi que mon oncle l’archevêque, pour la modestie, moi, je ne crains personne!”.

PROGRAMME :

Sans suivre une chronologie trop logique, j’ai réparti mes souvenirs sur les thèmes principaux qui m’ont semblé capables d’intéresser les lecteurs. On peut ainsi trouver :

1 Les années d’avant guerre : une enfance heureuse

2 sous le signe du naturisme : Biot, la Palestria, le Levant

3 une adolescence plus ou moins facile, sauvée par la radio et la photo

Des tranches de vie déterminantes

4 les années Fac : intégration sociale originale mais sans diplômes ; une éducation amoureuse chaotique. Rencontre de Roger Henri Guerrand

5 Jean Painlevé : de l’Hippocampe à un aïoli monstre au laboratoire de Roscoff

6 Haroun Tazieff : dix années des « Eaux Souterraines » au « Volcan Interdit »

7 Jacqueline Robinson : en côtoyant la danse contemporaine, du Théâtre Récamier au Lucernaire… Et son évolution, depuis Isadora Duncan, Rudolf Laban, Mary Wigman jusqu’à aujourd’hui

8 Les années cinéma : de l’Institut Pédagogique National et de l’écologie à des court-métrages à diffusion nationale. Georges Moustaki et Gianni Esposito

9 Estelle Menyhard: 1956 Budapest sa révolution avortée, fuite avec Peter Kassovitz ; à Vienne Wyperthus Von Collenberg, descendant de Jeanne d’Arc ; notre rencontre à l’Ecole des Métiers d’Arts ; un mariage et dix années de création artistique

Des aventures caractéristiques

10 1967 : un mémorable Festival d’Annecy et un voyage au cœur du franquisme

11 1968 Un moi de mai..morable, avec l’occupation de l’IPN, Félix Guattari et Guy Debord, puis incursion dans la bourgeoisie qui soutient les arts

12 1969 Une encyclopédie sur l’olivier et de multiples aventures dans la Camargue des ornithologues.

13 1971 Le folklore entre en scène : Mary Faith Rhoads .

14 Vives clartés de nos étés : De 64 à 72 quelques aventures en Corse

15 1972 Débuts du Festival OFF d’Avignon ; des aventures et une croisière.

Petits aperçus sur les quarante dernières années

16 Les années vidéo : naissance d’une industrie, création de Vidéo Synthèse ; travail de pionnier (vidéos disques, vidéo interactive et La Cité des Sciences de la Villette)

17 Marie France Baudoin, de la Yougoslavie à des années de mariage et à deux enfants

18 Années 90 : crise industrielle, dépôt de bilan de Vidéo Synthèse et départ à la retraite – retour à la liberté…une excursion dans la télévision : documentaire sur CP Oberkampf et 100 émissions sur le survol de la France. Puis 42 sujets encyclopédique pour le CNDP. Et puis..

A titre d’exemple, le chapitre 6 consacré à Tazieff

HAROUN TAZIEFF,

des “Eaux Souterraines au “VOLCAN INTERDIT“,

LA RENCONTRE

Où je fais la connaissance d’un grand bonhomme qui donnera à mon existence une impulsion majeure.

1953 ; avec mes camarades de la Fac (la fac de sciences, encore installée dans les vieux locaux de la Sorbonne), on ne se préoccupe guère de la situation en Algérie ; et pourtant, dans un an va éclater la sale guerre, et nombre d’entre eux vont y participer, à partir de 55 et de 56 et en reviendrons au bout de trois années qui les marqueront à jamais. Or, en cette année 1953 je suis maintenant chargé du cinéma et des conférences à la Maison des Sciences, ainsi que des projections à la Faculté des Sciences.

Le géologue Haroun Tazieff, rentré d’Afrique où l’avait pris la passion des volcans, donnait des conférences en présentant les images f1lmées par lui dans les volcans du Rwanda, le Kituro et le Niragongo. Accord fut passé afin de le présenter aux étudiants dans le grand amphi (dit « Richelieu ») de notre Université. C’est ainsi que s’établit notre premier contact, alors que j’assurais la projection de ses films. La première impression fut réciproquement bonne car malgré mon ignorance et mon innocence, il me proposa tout de go de l’aider dans les travaux matériels (montage, tirage de copies, sonorisations…) qu’imposaient ses documents 16 mm. Je débutais depuis un an dans ce format et je n’y connaissait en fait pas grand chose…mais dans les années qui suivirent nous apprîmes de concert le métier.

Inutile je crois de vous préciser l’enthousiasme avec lequel j’acceptais la proposition. Aucun subside ne viendrait monnayer mes travaux, mais je n’en avais que faire: mes deux salaires d’étudiant indemnisé m’assurant une aisance que j’ai rarement rencontré par la suite ! Et le bonhomme était tellement attachant avec sa grande intelligence et son non moins grand caractère qui lui vaudra bien des ennemis par la suite dans le monde universitaire. Son accent rocailleux, polono-bourguignon cadrait très bien avec son personnage, d’une intégrité rare. Sa force de caractère et sa droiture me firent le plus grand bien car la fréquentation de mes camarades de faculté n’était peut-être pas un très bon exemple sur le plan moral. Quelques-uns d’entre eux, étaient habiles et souples, prêts à toutes les compromissions. Comme c’est bizarre… Ce sont justement ceux qui ont fait carrière dans la politique.Son caractère rugueux comme son accent et son franc parler lui ont créé bien des inimitiés. Or à travailler avec lui je n’ai connu que son très bon caractère; la preuve en est qu’il ne m’a jamais en dix ans réprimandé malgré les erreurs que mon inexpérience me faisait commettre. Mais, réalisant plus tard des films scientifiques avec des universitaires de haut niveau, je découvris avec tristesse que l’esprit de chapelle et la jalousie étaient monnaie courante dans les laboratoires des facultés. En fait les seules colères que je lui ai vu piquer étaient dirigées contre la bêtise bureaucratique et la stupidité dogmatique de certains universitaires.

HAROUN TAZIEFF

Il était fiancé à une femme lumineuse, France Depierre, qui par amour pour lui avait pendant la guerre, toute jeune encore, franchi les lignes de combat pour le rejoindre en Belgique. D’une grande douceur et d’une égalité de caractère si rares que je n’ai jamais eu la chance de rencontrer chez une autre femme depuis lors. Elle était capable de supporter les catastrophes ménagères avec le sourire et sans s’énerver – comme par exemple la concomitance d’un rôti brûlé à l’heure du repas, de la vaisselle cassée par un chat surpris sur la table et des bouteilles renversées dans la continuité. Avouez qu’une semblable personne aurait du recevoir un prix particulier.

Elle habitait un petit appartement près de l’Institut Pasteur. Elle devint par la suite responsable d’un laboratoire de recherche de cet institut mais venait très souvent dans l’Île Saint Louis rejoindre Garouk – c’est ainsi que l’appelaient tous les intimes; lui m’appelait familièrement Toto.. Il s’était installé un splendide habitat dans le grenier à foin d’un des hôtels particuliers du Quai de Bourbon, construit à la fin du 17 ème siècle. La charpente -dont les poutres maîtresses datées par un de ses amis du CNRS révélèrent qu’elles avaient 150 ans à la date de la construction – faisaient une nef au dessus de la pièce centrale. Le sol dallé d’origine en tomettes s’étalait jusqu’à une grande cheminée où l’on pouvait rôtir un mouton entier. Mon domaine était une petite salle de montage installée sous le toit derrière une fenêtre que surmontait la potence à poulie par où l’on montait le foin, carburant indispensable aux chevaux, moteurs des carrosses.

ZENITTA

Où l’on fait connaissance avec sa redoutable mère ; où je connais une certaine grande vie et rencontre Pierre Bichet et Gaston Rébuffat.

En fait, c’est sa mère, Zénitta, véritable princesse géorgienne, qui mettait obstacle à son mariage. Mariée elle-même à un doux poète belge, Robert Vivier, elle fréquentait aussi certains intellectuels parisiens, comme Wladimir Jankélévitch. Dans ces années là elle venait parfois à Paris et occupait un studio situé sous les toits à côté de l’appartement de son fils. Lorsqu’elle était là il me devenait difficile de travailler aux films car elle me parlait sans arrêt et m’envoyait souvent faire des courses. Je ne savais que lui obéir et m’amusait fort de l’entendre à mon retour continuer la même phrase qu’elle était en train de prononcer au moment de mon départ Heureusement ses séjours étaient rares et je pus même en 55 profiter de ce studio pendant l’été. Quel bonheur pour moi d’habiter ainsi l’île Saint Louis ! Si je considérais inconsciemment Garouk comme un second père pour moi, France pour laquelle j’ai toujours éprouvé les mêmes sentiments avait la place d’une grande sœur.

Je me trouvais ainsi propulsé par moments dans un monde où l’existence avait des qualités qui m’étaient jusque là inconnues. Par exemple il m’invitait souvent quand il dînait avec des amis chez Dominique, le restaurant russe de la rue Bréa. Restaurant fort cher mais très bon, maintenant disparu et remplacé par un autre, français et luxueux. Un seul repas représentant pour moi plusieurs mois de budget au resto U, j’évitais pudiquement de regarder l’addition.

Les festins du quai de Bourbon n’étaient pas mal non plus. Entre l’Institut Pasteur et l’Ile Saint Louis, nous nous arrêtions rue du Cherche Midi acheter une miche dans la boulangerie du père Poilâne que je connus alors. Ses deux fils ont, dans deux horizons différents continué la production paternelle. Max est toujours rue Brancion, et si l’usine créée à Bièvres par Lionel ronfle toujours, expédiant des pains aux USA comme au Japon, lui même s’est tué en hélicoptère il y a plusieurs années. Et les tranches de ce pain authentique accompagnaient gigots, huîtres, et fromages de chèvres, arrosés de bons muscadets ou de bordeaux.

Dans les amis très fidèles de Tazieff se plaçait Pierre Bichet. Peintre, il vit toujours à Pontarlier. A l’époque il explorait tous les gouffres de la région, et il lui fit découvrir une rivière souterraine. Je crois que c’est cet attrait pour la spéléo qui les avait rapproché.

Un autre ami très proche était Gaston Rébuffat, le marseillais initié à l’escalade dans les calanques de Cassis. Il devint le plus jeune des guides diplômés à Chamonix ( un milieu très difficile d’accès), et fut pour beaucoup dans la promotion mondiale de

l’alpinisme, par ses records, ses livres et ses films. En 1955 il avait tourné “Etoiles et tempêtes” avec Georges Tairraz comme opérateur. Celui-ci, chamoniard de vieille souche, tenait avenue de la Gare une boutique de photographe; il fut je crois le premier à réaliser des photos de montagne d’une grande qualité artistique qui furent publiées dans le monde entier.

Georges Tairraz avait un fils, Pierre, de ma génération, qui fit alors l’Ecole de Vaugirard où il fut formé comme opérateur cinéma dans la même promotion qu’Edith Krausse qui travailla avec moi pendant une dizaine d’années. D’une rare qualité humaine, il était normal que des sentiments profonds le lient à Tazieff qui était comme lui d’une force et d’un état physique exceptionnels. Garouk voulut me faire participer à leur entraînement quotidien à Paris, dans une salle de gym (il y en avait très peu à l’époque) dépendant de l’Union Chrétienne des Jeunes gens. A 7 heures le matin il me tire du lit et me voici, rachitique en short tentant de suivre le groupe. Las ce n’était vraiment pas de ma force. J’en garde cependant un souvenir amusé: y avoir vu des abbés tous nus se baignant dans la piscine où le maillot était interdit pour des raisons d’hygiène; effectivement l’eau y était pure et n’avait pas besoins de la dose de chlore qui aujourd’hui me fait éviter ce genre d’établissement surtout en région parisienne. Alors qu’en Allemagne où généralement l’eau est purifiée par l’ozone et où les clients s’auto disciplinent en matière de propreté corporelle, je profite avec grand plaisir des bienfaits de la natation l’hiver.

TAZIEFF et un journaliste devant la cheminée

Les EAUX SOUTERRAINNES

Où je roule dans une Land-Rover non immatriculée et sans papiers… où nous filmons des grottes et mangeons du sanglier

En dehors de ses volcanologiques expéditions, et des documents qu’il en rapportait, Garouk avait pris en charge un projet de court-métrage d’enseignement que lui avait confié un sien ami responsable de l’Education en Belgique. Sous le titre “Les Eaux Souterraines”, il devait montrer le cycle de l’eau dans la nature.Nombre de sujets étaient à filmer. Il s’en acquittait à l’occasion de tel ou tel voyage, filmant des nuages au dessus de Bali ou des pluies à Sumatra. Mais il dut aussi entreprendre des expéditions spéléo spécifiques, comme celle où à Fontestramare dans le Sud Ouest ils tentèrent pour la première fois du cinéma sous-marin et souterra1n. Malheureuse tentative qui vit un accident grave. Pierre Guiter s’y perdit dans le dédale. d’excavations, ayant heurté les parois qui diffusaient une fine poussière d’argile rendant la visibilité nulle dans l’eau. Après plusieurs jours de fouilles en compagnie des plongeurs marseillais de la Comex, les recherches furent abandonnées. Son corps ne fut retrouvé qu’un an plus tard dans une cloche d’air où il avait trouvé refuge.

P Bichet dans un gouffre de Franche Comté

Mais il nous fallait aussi des images de rivière souterraine de bonne taille. Pierre Bichet de son côté avait filmé des expéditions avec Garouk dans une rivière souterraine de Franche Comté. Mais les grottes de Ham dans les Ardennes Belges tentaient Tazieff car aménagées pour les touristes elles devaient nous permettre les plans larges qui nous manquaient encore. Il nous fallait un éclairage sérieux mais portatif. Par relations il put emprunter à l’aviation militaire des batteries de démarrage de chasseurs à réaction. De petit volume (mais très lourdes) elles assuraient une bonne capacité. Je bricolais quelques projecteurs et fut chargé de convoyer le matériel de prises de vues en Belgique dans la Land Rover que Tazieff venait de ramener d’Afrique.

Donc ce matin d’automne Garouk part avec France dans sa traction avant Renault (voiture rendue célèbre par les gangs qui l’utilisèrent avec efficacité), et le matériel chargé je prends la route le cœur léger, fier et heureux d’une telle mission. J’avais rendez vous à Bruxelles: à 14 heures 30 à la gare du Midi où devaient arriver deux amis, le si charmant violoncello-alpiniste (ou alpino-violoncelliste?) Maurice Baquet qui, quarante ans plus tard jouait encore du violoncelle dans un théâtre parisien (il devait mourir en 2005) et Gaston Rébuffat aussi ami de Maurice avec qui il fit de nombreuses courses.

Grosse bêtise: ne m’ont point donné l’adresse où ils doivent se rendre ensuite chez ses amis Lavacherie créateurs au centre de Bruxelles d’un foyer d’accueil pour les orphelins de résistants belges.

Deuxième grosse bêtise: à la frontière le policier me demande les papiers de cette Land Rover immatriculée en Belgique sueurs froides dans mon dos: les papiers sont dans un sac en cuir resté sur la table à Paris…Il est midi; en stop j’ai deux heures et quelques pour arriver à la gare de Bruxelles. Après on verra pour récupérer voiture et matériel que l’officier vient de mettre en fourrière.
Las le stop ne marche pas. Seuls traversent la frontière d’épouvantables grosses voitures américaines conduites par d’opulents belges très très antipathiques. L’heure tourne et soudain la relève de la garde se fait à treize heures. Un nouvel officier a pris le commandement. Je tente ma chance le branche sur le problème du matériel, lui parlant de Tazieff (qui était une célébrité très connue) et de l’éclairage militaire que ses collègues n’avaient pas voulu laisser passer. Sans me redemander les papiers et sans voir le procès verbal enfermé dans le tiroir, il acquiesce à ma demande et après un inventaire détaillé du matériel libère la voiture. Je file… très vite ( quelques mois plus tard arriveront deux contraventions pour excès de vitesse- excès tout relatifs d’ailleurs car la Land ne dépassait guère 90 kmh). Ouf à la gare ils sont là. Je récupère l’adresse finale et les suis. Mais à Bruxelles point de feu orange. Le rouge s’allume lorsque le vert est encore là. Il faut s’arrêter Excusez moi, monsieur l’agent je dois suivre la traction…rien à faire.

Heureusement ils avaient stoppé et Maurice Baquet tout petit à côté du grand flic Flamand plaide si bien que nous pouvons continuer. Mais je n’arrive à les suivre. Et au carrefour suivant je suis encore arrêté mais par un agent Wallon cette fois. Monsieur vous ne pouvez pas rouler avec une voiture non immatriculée 1 Mais ces plaques… elles n’ont plus cours depuis six mois 1 Ah bon, c’est Tazieff qui vient de la rapporter d’Afrique. Ah très bien alors, si c’est la voiture de Monsieur Tazieff…et il me montre sur le plan les petites rues à suivre pour éviter ses collègues.

Le lendemain Garouk fait une conférence à Bruxelles et deux jours plus tard nous sommes dans les grottes et filmons des images assez bonnes pour qu’elles soient utilisées dans le montage final. Festin dans l’hôtel qui nous héberge: du sanglier aux airelles. Pour passer la frontière dans l’autre sens, Garouk qui rapportait un énorme jambon (des Ardennes bien sûr) avait aussi mis dans le coffre un fromage local semblable au Vieux Lille dont le parfum est celui du Münster à la puissance x. Si bien que le douanier à l’ouverture du coffre n’y put tenir et le referma rapidement…

LES EAUX SOUTERRAINNES (SUITE)
Où l’on cherche un lapiaz inconnu et plein d’autres petits faits…

L’année 1956 connaît un début ensoleillé, lumineux. Haroun Tazieff,
s’apercevant qu’il nous manquait un certain nombre de documents pour monter ce film et que les autorités européennes qui l’avaient commandé ( les Educations Nationales des pays du traité de Bruxelles) en réclamaient la livraison m’envoie filmer entre autres un lapiaz, plateau calcaire plein de fissures par où les eaux s’infiltrent dans le sol. Las, en ce début février, ceux que nous connaissons dans les Alpes sont sous deux mètres de neige! Enquête en Sorbonne – un géologue très sûr de lui me dit ” le lapiaz du Ventoux; en cette saison je ne vois que lui…”. Me voici donc parti pour Carpentras. Le train de nuit m’emmène , rhumouilleux et frissonnu. Qu’allais-je faire dans cette cité huguenote avec une crève bien parisienne? Le petit matin bien frais me trouve sortant de la gare et m’arrêtant devant les bains douches municipaux. Un grand bain très long et très bouillant et je ressort sans trace de rhume ou de quoi que ce soit d’autre.

Un libraire qui avait accueilli Tazieff lors de conférences sur les volcans me prend en charge et m’emmène faire un repérage en avion. Impression très douteuse. Ou est le lapiaz? Je pars quand même pour le somment du mont Ventoux, armé de la caméra, de son pied et de pas mal d’incertitudes. Au sommet un observatoire, isolé par la neige depuis deux mois. Les techniciens météo qui sont là me reçoivent de façon très sympathique mais n’ont aucune idée sur le lapiaz en question. Heureusement il y a une liaison radio. Vite, il est encore temps: Paris, la Sorbonne, le labo de Géologie…ouf mon type est là! Alors, ce lapiaz, il est où, ah et bien cher ami c’est simple, consultez la thèse de M. SCHMKWRSYZ de 1929 eh bien merde pour les géologues.

Faute de lapiaz , j’ai pu cette après midi là filmer une maquette naturelle. Trouvant de belles fissures dans le calcaire bordant la route, j’ai pu visualiser la descente progressive de l’eau le long des fissures. Et c’est ce que nous avons gardé au montage. Le lendemain, un grand soleil chauffait toute la Provence. Les arbres étaient en fleur et j’ai pu faire d’agréables images sur la campagne, de vieux puits et surtout sur la résurgence de la Fontaine de Vaucluse qui cinquante ans plus tard résiste toujours aux plongeurs qui veulent découvrir son secret.

A crapahuter dans la campagne au milieu de senteurs méditerranéennes presque estivales, je me sentais bien loin de Paris. Et pourtant le Quai de Bourbon où habitait Tazieff était un endroit d’une grande qualité où je ne pouvais venir sans un grand sentiment de reconnaissance envers celui qui m’a tant aidé dans ces années et dont la rigueur d’esprit et la droiture de caractère m’ont toujours parus sans faille.

Prises de vues chez Tazieff. A G. Edith Krausse; à D. Marc Terzieff

Je reviendrais un peu plus loin sur son histoire.

LES EAUX SOUTERRAINNES (FIN)

où l’on finit le film; où je loge dans une maison de chocolat et suis sauvé d’un bon rhume par une prostituée indonésienne; et où je subis une agression sexuelle de la part d’une jeune anglaise

Une assez longue absence due au camp d’étudiant de l’été et à ma convocation à l’armée, en pleine guerre d’Algérie – vous saurez dans un autre chapitre comment j’avais pu la fuir – m’éloigna de cette production qui ne repris qu’au début de l’année 57.

Et ce fut le montage final et la sonorisation des “Eaux Souterraines”. Tazieff avait des amis éditeurs de disques, et leur maison, la “Boite à Musique” fut une des premières à éditer des enregistrements de musique baroque (Albinoni, Mondonville, etc…).Nous puisâmes dans leur catalogue d’excellents morceaux qui donnaient à nos images une dimension artistique relativement nouvelle alors (le foutu Adagio d’Albinoni n’était pas encore un tube…).

Au fur et à mesure du montage, Garouk avait rédigé le commentaire et choisit Bernard Blier pour l’enregistrer. Le mixage terminé nous sommes à l’heure pour présenter le film en double bande (une bobine pour la copie de travail et une bobine pour le son magnétique) à la commission qui va se tenir à Amsterdam à Pâques. Mais je vais devoir y aller seul car il n’a pas la moindre intention de se plier à cette administrative épreuve.

Et me voici donc dans le train d’Amsterdam avec une grosse valise à double fond, celui-ci contenant la lourde charge des deux grosses bobines du film.En face de la gare, l’Office du Tourisme où une jeune femme me trouve un logis chez l’habitant: une “Chocolade Huis” sorte de salon de thé exclusivement consacré au chocolat – sans doute un des derniers établissements issus d’une très ancienne mode; ils semblent maintenant disparus.Muni d’un billet de logement et de ma lourde valise, je prends le tram que l’on m’avait indiqué et donne l’adresse au wattman. Celui-ci m’incite à descendre au bon arrêt. La rue est bien là; mais je suis à son mauvais bout et il me faut plus d’un kilomètre pour arriver à ma maison de chocolat. Je sonne et c’est la porte d’à côté qui s’ouvre. Une jeune femme en peignoir, fort accorte, en sort et s’adresse à moi dans sa langue maternelle. Je commençais à trouver cet accueil intéressant lorsque la bonne porte s’ouvre et qu’il en sort une vieille acariâtre qui chasse violemment la jeune. Dépité je suis la vieille et m’installe au premier étage, dans la chambre qu’ils ont abandonné, l’âge ne permettant plus à son mari de grimper l’escalier typique de ces maisons si raide qu’il fait songer à nos escaliers de meunier.

Rafraîchi, je pars me promener et commence par le Rijks Museum où la science des lumières chez les peintres flamands de la Renaissance m’émerveille un long moment. Un certain creux d’estomac m’en chasse et me dirige vers une de ces voiturettes qui au coin des quais débite des harengs crus marinés. C’est bon et très poétique mais plutôt compulsoire de beuvette comme disait le bon abbé Rabelais. Un bar voisin m’accueille et sa bière est la bienvenue. A côté de moi un marin; parlant plusieurs langues, il essaie et trouve la mienne pour me narrer ses aventures. Portugais mais russe né en Pologne, son port d’attache est brésilien. Il m’entraîne et un deuxième bar nous voit prendre un schnaps cul-sec. Et le suivant une bière et ainsi de suite. Du moins je le suppose car, tel le garde du corps de la princesse Diana au sortir du tunnel de l’Alma, je n’ai plus aucun souvenir de cette nuit là.

Mais au petit jour je me retrouve sur la pierre d’un quai, adossé à un arbre tandis qu’un joli visage d’indonésienne au dessus de moi tente de me faire comprendre qu’il ne faut pas rester là. Ses mimiques sont claires, et mon cerveau désembrumé décode que l’aurore aux doigts de fées va déposer sa rosée sur nos personnes, ce qui risque d’être fâcheux en ce frais printemps, et qu’il convient de se mettre à l’abri, lequel est situé quelques marches en contrebas. Il s’agit d’une boutique avec un fauteuil dans la vitrine.

Je crois saisir que la donzelle doit y passer ses journées, à tricoter ou à lire le Djakarta Daily News. Tandis que des hommes seuls passent et repassent devant elle. Mais de toutes façons le marin est ivre mort ; le portant par les bras et les jambes nous l’écroulons dans un fauteuil; je me carre dans une bergère tandis que la jeune femme se retire dans sa chambre. Sommeil profond…heureusement le rideau n’était pas tiré et le soleil me tape dans l’œil.Doux Jésus ! (Plus quelques jurons que la bienséance m’interdit de reproduire) …il est bientôt neuf heures et la commission à dix heures au ministère! Taxi; chambre; douche; habits de cérémonie; films sous le bras; re taxi; trouver la salle de projection dix minutes de retard; m’excuse mais rien à faire pour dérider l’aréopage d’individus aux mines plus sombres que leurs vêtements. L’absence de Tazieff pèse lourd sur nos relations. Son ami belge m’attaque à l’estomac sur la durée du f1lm; trente deux minutes mais c’est impossible une fois! Nous avions dit que la durée d’un film d’enseignement était au maximum de seize minutes si l’on ne veut pas endormir les élèves. Je suggère de le couper en deux si nécessaire et la projection commence. Soulagement. Leurs visages s’éclairent au fur et à mesure. L’agencement des images et des sons leur fait un bienheureux effet – et point du tout soporifique.

Il faut dire qu’à l’époque les images de spéléo étaient encore très nouvelles et que la dernière partie du film figurait une expédition encore jamais réalisée: une progression en rivière souterraine se poursuivant par une plongée en siphon et se terminant par une remontée à l’air libre dans une résurgence!… A l’issue de ce visionnement ils furent incapables de croire qu’il avait duré plus d’une demi-heure. Ouf ! En fait ce ne furent que des félicitations. Et ils semblaient si heureux et si décontractés que je crois qu’ils avaient méchamment du se figurer le pire quant à cette prestation de Tazieff. La même année, le ministère Belge présenta le film dans sa catégorie au festival de Venise et il obtint le “Bucrane” d’argent délivré par l’université de Locarno.

Pour me remercier je suis invité à un balade suivie d’un dîner de luxe. Je suis à l’heure au rendez -vous et une longue limousine noire arrive. Assis à l’avant l’ami beige et son homologue anglais. Et à l’arrière une banquette profonde comme un tombeau où est assise une ravissante anglaise, nommée Philippa K., soit Pipa pour les intimes. N’ayant fait aucune photo de cet événement je ne puis vous la monter et c’est bien dommage.

Nous faisons un grand tour dans la campagne et sur la côte avant d’atteindre Scheveningen (prononcer CHRRRReveninguen) la Station balnéaire de la Haye où nous devons dîner dans le restaurant indonésien le plus chic. Effectivement nous eûmes droit à un Rijks Tafel où sur une gigantesque table basse sont disposés des dizaines de plats remplis de choses innommables (que l’on ne sait nommer) et délicieuses. Le tout arrosé de thés et d’alcools indonésiens. Le repas fut remarquablement agréable, nos deux mentors étant pleins d’humour et Pipa vraiment-vraiment charmante.

Et le retour non moins délicieux. Dans un virage un peu brusque Pipa me tombe dans les bras et ne s’en échappe pas mais au contraire m’applique goulûment un “french kiss” voluptueux. Très gêné je ne sais que faire mais elle a l’air de ne pas se soucier de la présence de son patron – très occupé à raconter en anglais de salaces histoires à son voisin. Et j’eus donc droit à une longue séance de pelotage et de bécotage lesquels ne sont point des mamelles uniquement françaises. Et stupéfait de voir une fille prendre ainsi l’initiative. J’étais encore bien innocent.

Nous échangeons nos adresses avant de nous séparer au pied de leur grand hôtel. Elle vint à Paris quelques semaines plus tard, accompagnant toujours son patron dans une réunion internationale, et, prévenu épistolairement, je pus la retrouver et l’emmener dans ma mansarde de la rue des Ursulines après une longue promenade dans Paris. Mais elle tenait à vertu garder et nous n’allâmes pas plus loin que le stade BP (ce qui ne signifie pas British Prostitute comme certains voudraient le faire croire mais bien Bécotage et Pelotage). N’empêche que son instinct génésique était ardent car je reçus un an plus tard un faire part de mariage de Pipa, accompagné d’une gentille carte et hélas d’une photo du couple où je découvris avec horreur un petit banquier rouquin vraiment horrible; enfin, peut-être avait-il certains talents ou encore un compte bien approvisionné… Ainsi se terminent mes anglaises amourettes.

Où, en 1957 commence ma « vie active » avec un contrat… de photographe

A mon retour d’Amsterdam une bonne surprise m’attendait: une amie de Beaufrère, le directeur de la Maison des Sciences, qui travaillait chez un éditeur de diapositives d’enseignement (souvenez vous… ces images fiXes, plus ou moins colorées que projetaient les professeurs dans des salles obscurcies…”diapo suivante” (avec accent nasal) ). Il me proposait de photographier 2000 sujets de géographie physique et humaine, de Port Vendres aux Alpes du Nord.

Un rêve pour moi! Je préparais cette expédition comme pour une terre lointaine, m’achetant une vieille camionnette Juvaquatre que je transformais pour y vivre; Tazieff me prêta son Leica – un appareil 24×36 professionnel à l’époque et je partis six mois.

Mais avant cela j’avais assisté quai de Bourbon à une réunion qui allait marquer un tournant dans la vie de Garouk. Un de ces individus qui grenouillent dans le monde du cinéma avait mis Tazieff en relations avec des dirigeants de l’UGC, cette compagnie de production cinématographique récupérée par l’Etat au départ des allemands qui l’avaient prise en main sous l’occupation. Et la décision venait d’être prise de produire un long métrage sur les volcans, intégrant les images déjà tournées en 16 mm et en y adjoignant de nouvelles en 35 mm.

L’individu en question pris 33% dans le contrat de coproduction et ne mis jamais un centime dans l’affaire. Plus tard, le film distribué, il exigea le tiers des rentrées. Ce qui ne fit que renforcer l’aversion de Tazieff vis à vis des faisans du Fouquet’s , lieu de rassemblement habituel de ces prédateurs. Il parti donc de son côté pour un tour du monde, au cours duquel il récupéra difficilement la caméra Arriflex et la pellicule que lui avait envoyé l’UGC. Il fit de belles images de la population balinaise avec cet équipement. Entre autres dans les rizières quelques paysans dont une jeune fille aux seins nus. Fureur de sa part quant le distributeur des “Rendez vous du diable” – c’était le titre accrocheur choisi par l’UGC- utilisa cette image pour en faire l’affiche!

Mais quand il dut monter sur des volcans en activité le poids tant de la caméra que des bobines de film (Plus d’un kilogramme pour trois minutes de prises de vues le fit renoncer et revenir à sa chère caméra 16 mm Bell&Howell qui ne le quittait jamais, véritable tracteur agricole des opérateurs baroudeurs.

HAROUN TAZIEFF

Où je tente d’esquisser une biographie de Tazieff

Il est peut-être temps de vous narrer un peu la biographie de ce passionné

qui traversa la seconde moitié du siècle en bousculant un certain nombre d’idées reçues, tel un joueur de rugby fonçant pour marquer un essai. S’il avait eu le nez cassé en pratiquant la boxe, c’était quand même bien le rugby qui fut toujours son sport préféré. Il le pratiquait particulièrement sur le stade de l’US Métro à la Croix de Berny. J’étais en admiration devant cette force de la nature qui portait d’ailleurs des marques de violences passées, comme ce nez ou son pied droit, abîmé par un coup de feu, et qui le faisait toujours souffrir, l’obligeant à porter des chaussures de type orthopédique faites sur mesures.

Zénitta, artiste polonaise avait rencontré son père, médecin géorgien d’origine musulmane à Bruxelles. Elle le suivit à Varsovie et c’est là qu’il vint au monde en 1914. Le prénom d’ Haroun lui fut suggéré par le souvenir des Mille et une Nuits dans lequel Haroun Al Rachid, calife de Bagdad au neuvième siècle, passa dans la légende. C’est en Géorgie, à Tbilissi – autrefois Titlis- qu’il fit tout enfant ses premiers pas dans la montagne du Caucase. Mais la mort de son père et la guerre civile les chassent et Zénitta, en 1920 revient à Bruxelles. Ainsi commença son éducation à cheval entre la Belgique et Paris.. Des études dans un institut belge en font un ingénieur agronome.

Mobilisé en 1939 il se retrouve avec les chasseurs des Ardennes. Blessé en Mai 40, hospitalisé puis fait prisonnier par les allemands, il s’évade et rentre dans la clandestinité. Hébergé chez des protecteurs de jeunes juifs d’Anvers, il leur enseigne l’agronomie mais supporte mal la rigueur de leur intégrisme religieux. C’est ainsi que se forgea sa haine du dogmatisme, aversion qui déteint vite sur moi car j’y étais bien préparé. De nouvelles études à l’école des mines de Liège le mettent en contact avec des partisans communistes et le voilà chargé d’opérations de sabotages de voies ferrées. Mais une trahison le met à deux doigts d’une arrestation par la Gestapo. D’où une nouvelle aversion contre les communistes cette fois, qu’il me fera partager ainsi que son goût pour la lecture du Canard Enchaîné dont je suis resté fidèle abonné.

Diplôme cette fois des Mines il part pour le Congo Belge. Un poste dans une mine d’étain du Katanga l’ennuie profondément jusqu’à ce qu’une éruption du volcan Kituro lui fasse découvrir ce qui fut la passion de toute sa vie. Il apprendra très vite le B A BA de la prises de vues cinématographique dans un excellent manuel américain édité en France qu’il me donnera par la suite. Et muni de sa Bell&Howell il fait ses premières images sur le Kituro. Puis ce sera une expédition au Niragongo ou il descend jusqu’au niveau du lac de lave, à 400 mètres sous le sommet du cratère. Images saisissantes que j’eus à remonter de nombreuses fois pour en tirer différentes versions soit pour ses conférences, soit pour la télévision. Mais cette expédition faite sans bénédictions de l’administration du Parc National Albert l’en fit proscrire pour un temps. D’où son retour en Europe où il se précipite sur les volcans d’Italie et de Sardaigne. Nouvelles images, nouveaux films. En 53 il entreprend une transversale africaine, de l’embouchure du Congo jusqu’à Monbassa . C’est au retour de ce voyage que se place mon aventure avec sa Land Rover

LES RENDEZ-VOUS DU DIABLE

Où je deviens passionnément amoureux mais en suis rapidement guéri; où le créateur des génériques de James Bond 007 m’amène à acheter des valises

A mon retour d’expédition photographique, bruni et barbu (le froid du matin dans la montagne m’avait amené à ne plus me raser. Ainsi vint le collier qui ne m’a plus quitté.), je trouve Tazieff en plein montage de son premier film commercial. Un chef monteur expérimenté et une assistante sont au travail dans une des salles de montage des studios du Point du Jour à Boulogne qui après maintes transformations ont fini par être démolis en 96. Conditions de travail déplorables: dans de petites cellules bricolées avec des cloisons en planches, sans lumière et sans air. Mais le cœur y était et le sujet passionnant pour toute l’équipe.

L’assistante et moi en ce mois de novembre devinrent de très bons amis. Monique F., était issue d’une nombreuse famille dont le père était mage et publiait quelques bouquins. Ils habitaient rue du Mont Cenis mais vivaient aussi à la belle saison dans un mas isolé du Lubéron, près de Ménherbes, où s’était installé aussi Henri Herpe , qui m’avait par ses conseils évité la guerre d’Algérie. Les gènes greco-levantins de Monique lui assuraient une vénusté qui me fit succomber rapidement. Aveuglé par ma soudaine passion, j’envisageais sérieusement le mariage. Ce qui ne plut pas à mon père qui s’engueula avec Tazieff lequel tenait à ce qu’il me laisse entière liberté, ayant souffert lui-même du poids de l’autorité Zénittale.

Fou de bonheur je pars avec elle passer Noël à Chamonix où le camp des Praz tenu maintenant par nos successeurs de la Maison des Sciences pouvait nous accueillir ( sauf pour la nuit où une certaine discrétion me fit louer une chambre chez l’habitant). Mais cette passion se refroidit assez vite lorsque son objet, point trop attaché à ma personne, sembla s’intéresser à d’autres individus de sexe mâle rencontrés dans le camp.

Par la suite elle devint l’assistante puis la femme de Jaques G., monteur de Claude Chabrol. Je la vis un soir dans un laboratoire, à l’heure de projection des rushes (la pellicule tournée dans la journée en studio était développée au fur et à mesure, tirée en copie et projetée à l’équipe à partir de 20 heures). Elle sortait, vêtue d’un vison, d’une sombre Mercedes. Jacques G. étant lui- même passé à la réalisation, elle prit sa place auprès de Chabrol et la garda puisqu’elle est toujours sa monteuse attitrée, celui-ci étant très fidèle à ses techniciens.

Je lui ai malgré tout gardé une certaine reconnaissance car elle fut dans le domaine amoureux ma première initiatrice à des plaisirs plus satisfaisants que ceux que je connaissais jusque là. Mais je me consolais rapidement de cet abandon car un démarrage professionnel m’était offert dans le cinéma, art que j’ai finalement toujours préféré à l’image fixe de la photo.

Un ex élève de l’ENA, qui, présent au camp des Praz l’année précédente m’avait vu à l’œuvre tournant la « Joie de Survivre » avec les étudiants. Il avait maintenant intégré la Direction de l’Enseignement Technique et y ayant découvert un petit service cinéma très désuet il me proposait de l’aider à le transformer et surtout à réaliser nous-mêmes des films d’enseignement . Cela m’allait comme deux gants et malgré les conditions malingres (une mi-temps de maître auxiliaire) j’acceptais et dans les trois ans qui suivirent put me faire la main en réalisant plusieurs court-métrages. Pendant ce temps, en 58, Tazieff terminait non sans difficultés la réalisation des “Rendez-vous”. Le compositeur de musique de films que l’U GC lui avait fourni enregistra son œuvre avec un grand orchestre. Je vis alors Garouk faire la gueule. Apparemment ce n’était pas à son goût. Et, considérant tout ce travail ( ils avaient même fini le mixage) était bon pour la poubelle, il fit appel à de la musique enregistrée (en particulier la Chevauchée des Walkyries du regretté Wagne)r. Cette fois la projection le vit rayonner (fait assez rare) et le film, lancé sur les Champ’s et dans toute la France eut vraiment un gros succès – alors qu’un documentaire de cette longueur était une chose rare, sinon une première.

Et, sur la lancée les partenaires (moins l’escroc cité plus haut) s’accordèrent sur un nouveau projet dont le titre, après bien des aller et retours fut “Le Volcan Interdit”. Et Garouk allait pour celui-là me confier le soin d’aller faire des images tout seul. Mais il me faut raconter une histoire d’escroquerie typiquement cinématographique.

Sur les conseils d’amis, Tazieff avait créé sa propre société de production- à l’instar de Cousteau avec lequel il avait plongé en Mer Rouge – et s’était installé une salle de montage dans un petit logis rue des Archives. La chef monteuse qui avait mis en forme le “Volcan Interdit” y classait les documents lorsqu’un appel de Londres me parvint: Maurice Binder , l’auteur des célèbres génériques des films de la série James Bond 007, cherchait des images de volcans pour composer celui d”‘Opération Tonnerre” qui se passait dans un cratère transformé en base de lancement par l’affreux méchant vilain. Contacté, Garouk me dit de me débrouiller seul avec l’aide de son avocat. Binder vint à Paris, avec son chapeau “ne me demandez pas comment je fais les génériques, tout est dans mon chapeau!” Au bout d’une après midi avec la monteuse, les plans étaient choisis, le montant des droits négociés et j’avais monté toute une opération pour que les intemégatifs lui soient envoyés par avion à son labo londonien (c’était évidemment pour avant-hier…) dès que le contrat serait signé chez l’avocat et la somme versée par chèque certifié. Rendez vous pris chez l’avocat le lendemain à dix heures. Fou de joie, je téléphonais à Estelle la bonne nouvelle car l’opération allait nous laisser quinze mille francs, et sU!” son conseil j’allais acheter les valises qui nous faisaient défaut poU!” un proche voyage. Ce furent de très belles valises.

Et le lendemain nous attendîmes en vain. Trois semaines plus tard le James Bond était sU!” les écrans et le générique employait des images d’éruptions provenant du film de Tazieff mêlées à des silhouettes de japonaises nues! L’internégatif du Volcan Interdit était en fait dans le labo londonien poU!” le compte du distributeU!” anglais. Mais les images avaient été employées sans autorisation. L’avocat renonça au procès car les truquages noyant les images nous n’aurions pu gagner un procès.

Et depuis quand je risque de vendre la photo de l’ours avant de l’avoir développée, je me dis qu’il n’est pas nécessaire d’acheter des valises.

LES VOLCANS ANTILLAIS

Où je découvre les tropiques, et où je pars seul à l’aventure et rencontre beaucoup de monde.

Entre temps, Tazieff m’avait proposé en 63 d’aller seul en Martinique tourner des images sur la Montagne Pelée et recueillir auprès de témoins encore vivants des témoignages sur l’éruption de 1902,. Et aussi pour montrer la Soufrière de la Guadeloupe. Imaginez ma jubilation. Je pris un mois de congé sans solde. auprès de l’administration dont je relevais, le service de la direction de l’Enseignement Technique ayant été en 1960 absorbé en 48 heures par l’Institut Pédagogique National, rue d’Ulm. Je m’achetais une caméra Paillard électrique muni d’un très bon objectif de l’usine Angénieux dans la Loire. Le fils de son fondateur, Bernard, étudiant à Paris avait eu aussi quelques fonctions sportives à la Maison des Sciences. Après avoir repris l’usine et obtenu une notoriété professionnelle mondiale, il dut dans la crise des années 90 la revendre à Thomson et se trouve maintenant professeur d’université aux USA.

J’emportais aussi outre mes appareils photos, le magnétophone Nagra II B de Tazieff. Engin destiné aux reportages radio, il fonctionnait sur piles mais la bande était entraînée par un moteur à ressort (de phonographe Thorens – une spécialité Suisse). C’est ainsi que je pus enregistrer dans de bonnes conditions quelques témoignages et aussi quelques musiques populaires.

En outre, Alain Plenel , le chef du département de l’IPN ou J’étais réalisateur, me confia des bobines de pellicule pour en rapporter des documents sur le travail des ouvriers agricoles

ceuilleuse d’ananas

A l’arrivée à l’aéroport de Fort de France je fus pris par les incroyables senteurs de cette nature tropicale. C’était mon premier. voyage dans des contrées lointaines et chaudes. A l’époque, en effet, le tourisme de masse ne s’était pas encore imposé. De semblables voyages coûtaient très cher. Ils étaient réservés aux professionnels, à une clientèle très aisée et aussi aux expatriés qui, bien que bénéficiant de tarifs privilégiés devaient trimer longtemps pour pouvoir venir fêter la famille.

Un taxi me conduit au centre de la capitale dans un hôtel où, à l’époque, rien n’avait encore changé et que l’architecture coloniale était encore présente. Autre découverte à la table du restaurant : au menu avocat vinaigrette. Ce fruit que l’on trouve aujourd’hui partout et même dans les couloirs du métro, était une denrée de luxe en France.Sauf pour les clients de Fauchon, il était inconnu. J’y pris plaisir, le trouvant fort goûteux et en rapportais à mes parents mais oubliais de donner le mode d’emploi. Mon père le trouva détestable l’ayant pris pour un fruit qu’il fallait sucrer.

cohorte des cueuilleuses

Ma première tâche fut de me procurer une voiture. Mon budget global étant limité je trouvais chez un “loueur” non professionnel une Peugeot 203 en état de fonctionner et partis avec mon matériel dans les chemins trempés par ces pluies diluviennes qui s’abattent en cette saison là. Notre erreur était d’avoir innocemment programmé ce voyage en Juillet alors qu’il aurait fallu attendre Novembre ou Décembre.

C’est ainsi que je ne pus apercevoir le sommet de la Montagne Pelée, toujours encapuchonné de nuages. Ayant pris contact téléphonique avec l’observatoire volcanologique, je m’y rends, suis très bien reçu par le directeur et sa femme qui instantanément me proposent un punch – un grand verre de rhum blanc et très peu de sirop de canne! Mon inquiétude grandit quant en le buvant par -très- petites gorgées je dus subir doléances sur doléances de la part du couple. Le jeune géologue qu’ils avaient avec eux n’était pas ceci ni cela, la Sorbonne dont ils dépendaient était vraiment trop loin – je vis effectivement avec stupeur la lettre du doyen leur refusant des crédits pour l’aménagement du chemin d’accès qui en cette saison était une fondrière à plus de 10% de pente (l’observatoire était construit sur un “morne” colline volcanique au pied de la Montagne Pelée.)

En fait, je sus de la bouche du géologue en question qu’ils avaient mal supporté l’isolement, pas intégrés au milieu blanc de l’île et sans contacts avec la population métis. Ils avaient commencé à boire l’alcool local et ne pouvaient plus s’en dépêtrer . Ils devaient d’ailleurs mourir quelques années plus tard de cirrhose. Lui même, très sympathique ,ne comprenait pas l’aversion qu’ils avaient à son égard, ne communiquant plus que par notes de service! Il me servit de guide et m’emmena d’abord au flanc de la Montagne Pelée, sur la caldeira où déboula la nuée ardente de 1902 (Photo ci-contre)

Il m’invita à passer le lendemain, un Dimanche, sur la plage des Trois- Ilets, au sud de la Martinique. Lieu de rêve qui je crois a été astucieusement détruit par les promoteurs qui, bénéficiant d’avantages fiscaux importants ont construit en bord de mer hôtels et édifices de béton de plusieurs étages. Cette photo des deux bambins est donc un document historique.

la plage des Trois Ilets en 1963

La semaine qui suivit fut employée à trouver des images pouvant être intégrées au film de Tazieff. Je filmais donc les ruines encore existantes à St Pierre dont le cachot ou un prisonnier avait survécu à cette nuée ardente qui semblable à celle de Pompéi, tua 30000 personnes. Quelques enfants de l’époque, à distance au moment de l’éruption étaient alors encore en vie, comme cet archevêque nommé Robert ainsi que Mathieu, le gardien du musée de Saint-Pierre.

Monseigneur Robert, en 1963

Je pus aussi sans difficultés rencontrer des travailleurs agricoles, les filmer et les photographier. Je baragouinais très peu de créole, mais suffisamment pour m’attirer une certaine sympathie. Plus tard, lorsque je fus pris en main et guidé par un « béké » (familles blanches de propriétaires terriens ou de commerçants) cette possibilité n’existera plus. Ce ne seront que visage fermés et même quelquefois manifestations hostiles. Je photographiais aussi beaucoup d’enfants comme celui-ci. Cette photo comme un certains nombres de celles-ci fut publiée dans les dix ans qui suivirent.

Mais la liberté que j’avais avec la Peugeot n’allait pas dépasser le Dimanche suivant. Je fus invité par une famille possédante pour le week end dans une résidence secondaire en bord de mer, au sud de l’île. Pour y arriver il fallait passer un col sur une route parsemée de rocs. L’un d’eux fit gentiment une ouverture dans le carter et l’huile alors fuit le moteur. Le voyant rouge allumé, ,je descendis sur frein moteur et abandonnais la voiture à rentrée du village.

Pour trouver la famille qui m’avait invité, je n’avais qu’un nom, typique de l’île. Et ce, ne fut pas évident car le premier renseignement donné par un habitant m’envoya dans une case à l’extrémité du village où un noir portant le même nom m’accueillit de manière désagréable. C’était mon premier contact avec les mystères des métissages. La bonne habitation trouvée, je fus reçu royalement et connus ma première nuit sous une véranda donnant sur la mer. La température et l’abri du vent autorisant le sommeil en plein air, juste sous une moustiquaire vous protégeant de méchantes petites bêtes qui piquent à tort et à travers. Le lundi mes hôtes me ramenèrent à Fort de France où je dus expliquer l’accident à mon loueur et abandonner l’usage d’une voiture car mon budget ne m’y autorisait plus.

Ne voulant pas me laisser seul sans véhicule, ils me présentent à des amis. Un de leur garçons, Henri, d’une vingtaine d’année me servira de guide. Son père, polytechnicien (personne n’est parfait!) venu en Martinique lors de son service militaire y avait trouvé des avantages et une épouse, fille d’une bonne famille de “békés” nantis -on appelle ainsi en créole les colons blancs. Il s’était établi commerçant en tout, pratiquant avec un certain bonheur financier l’import-export sous toutes ses formes. Très grande maison coloniale, sur les hauteurs de Fort de France, une très bonne cuisinière et un accueil fort sympathique. Mon seul regret fut de constater que circulant dans les campagnes avec Henri, le contact avec les insulaires de couleur était rompu.

Ne pouvant plus rien filmer en Martinique, il me faut me rendre à Sainte Lucie, petite île encore à l’époque sous domination anglaise, à une centaine de kilomètres de la Martinique. Aucun bateau n’étant disponible, nous nous rabattons sur l’avion du consul de Grande Bretagne, lequel en bon écossais tirait profit de son taxi aérien. A l’aéroport de Sainte Lucie, le portrait de la Reine trônait derrière le fonctionnaire de police. Ayant satisfait à ses britanniques exigences, nous sautons dans un taxi en direction du volcan. Villages de pauvres constructions en planches. Groupes d’écolières en uniforme, béret sur la tête.

écolières de Sainte Lucie

Un dernier village, et ce sont les pentes ardues du volcan, couvertes d’une surabondante végétation. Au bout d’une heure nous trouvons un “établissement” de bains où une eau sulfureuse et chaude remplit de petites piscines entre des murs en ruines..

Soudain l’odeur de gaz sulfureux s’accroît et nous rencontrons des solfatares bouillonnantes.

les soufriéres

Mais, là encore aucune vue d’ensemble du volcan n’est possible. Les détails filmés et photographiés nous descendons rapidement vers la mer.

la grève au pied du volcan

Une sacrée surprise nous y attendais ; sur une grève de sable noir, alors que dans la plus grande solitude nous nous rafraîchissons dans une innocente nudité, un aboiement nous fait tourner la tête : du fond de la plage surgit soudain un major de l’armée des Indes, en grande tenue, veste médaillée et stick sous le bras, précédé d’un chien jaune. Il traverse notre champ visuel sans tourner la tête.

Plus tard le policier de l’aéroport nous apprendra que c’est un major en retraite que son mauvais caractère les a obligé à l’exiler dans ce coin sauvage et solitaire.

La nuit va bientôt tomber et nous ne pouvons rentrer à la ville.- il faut donc trouver un logis dans le village. Nous y arrivons en pleine nuit et trouvons parmi les baraques en planches une auberge où nous pouvons coucher si nous ne sommes pas effrayés par les cafards et autres bestioles parasites. Mais pour la nourriture, il faudra insister très fort. La patronne n’a rien à nous offrir. Sauf peut- être une boite de thon très rouillée et du riz qui avait sans doute voyagé à fond de cale d’un bateau douteux et dégageait une forte odeur de tinettes. Jamais aussi mal mangé de mon existence.

Le lendemain- nous regagnons la. Martinique- sans autre aventure. Et c’est mon dernier Dimanche en Martinique, car je dois partir pour la Guadeloupe avec tous mes bagages. Deux cent kilomètres vers le nord, le vol, même dans un appareil à hélices, est assez court. Mais l’arrivée me laisse un souvenir poétique: l’annonce dans le hall des escales suivantes du vol que je viens de quitter “Antigua Paramaribo etc” me rappelait les gares de province au passage d’un omnibus (corrrespondanœ pourrr La Rroche-Migennes…)

N’ayant pas d’autre contact officiel en Guadeloupe que le labo de volcanologie de la Soufrière, je tentais d’aller voir la famille d’un natif exilé à Paris, travaillant à nettoyer le garage qui entretenait ma voiture. Il m’avait donné leur adresse, quelque part dans un faubourg de Pointe à Pitre, en me faisant jurer de ne pas leur révéler son emploi. Je finis par les trouver et suis reçu comme un enfant de la famille. le fils “étudiant à Paris” les avait prévenus de ma visite. De somptueux dîners s’organisent les cousins qui viennent m’invitent à leur tour et je comprends que je ne pourrais partir si je me laisse ainsi tropicaliser.

Je reprends donc ma mission et vais à la Soufrière. Las! les conditions météo sont encore pire que sur la Montagne Pelée et je ne pourrais rapporter aucune image. Je rentre donc à Paris, heureux d’avoir connu les Antilles mais bien fâché de ne pas y aller au mois de Décembre avec le budget nécessaire pour prendre un hélicoptère afin de filmer ces volcans de la façon la plus digne convenant à leur majesté. Néanmoins quelques plans ont été gardés par Tazieff dans le “Volcan Interdit”; ce sont ceux qui concernent les ruines de Saint Pierre , les objets trouvés dans les cendre, et la prison d’où sortit l’unique survivant de l’éruption, en dehors des enfants dèja cités. La déclaration de l’archevêque Robert, qui me raconta ce qui s’était passé ce jour de 1909, fut remontée bien plus tard par le Service de Films de la Recherche Scientifique – il fallut une bonne journée de travail pour remettre en synchronisme les images filmées avec ma caméra 16 mm et le son enregistré après avec mon Nagra à manivelle… Ce document – rare- est maintenant visible sur Internet , sur le site du CERIMES, en cherchant « éruption de la Montagne Pelée »

RETOUR A L’ACCUEIL

Pas encore de commentaires »

Pas encore de commentaire.

Flux RSS des commentaires de cet article.

Laisser un commentaire

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.

Publié sur WordPress.