« Handycamé »
Le LaVauNéAp (Laboratoire Vauhallanais de Néologie Appliquée) est heureux et fier (ou fier et heureux) de vous annoncer sa dernière création : le terme « Handycamé ». nom ou adjectif masculin ou féminin. Basé sur la marque « Handycam » de Sony, qui désigne les petits caméscopes, il caractérise les personnes souffrant d’une addiction à la prise de vues vidéo.
Il s’applique à une caricature qui me semble fréquemment rencontrée sur les lieux du tourisme de masse : un homme d’une cinquantaine d’années vêtu short et d’une chemise à fleurs, coiffé d’une casquette de couleur, tenant dans son poing un petit caméscope, l’œil collé au viseur en permanence. Il s’intéresse assez peu aux monuments devant lui, soucieux d’immortaliser ces instants en filmant sa femme devant le Sphinx ou la Tour Eiffel.
Ce qui donne de longues cassettes qu’il fera visionner à ses amis et voisins lors de « soirées vidéo » qui remplacent les « soirées diapos » d’antan. Il va de soi que les documents en question ne seront pas montés, conservant leur fraîcheur intacte. La caractéristique première de ces images est leur manque de fixité, le cadre se promenant rapidement sur le paysage, et les coups de zoom improvisés en rompant la continuité. Cela serait sans importance si les spectateurs n’étaient que les amis et voisins, cobayes innocents de ce massacre d’images.
Malheureusement, depuis quelques temps la mode de ce type d’images gagne le monde professionnel (est-ce pour faire preuve de « branchitude » ou pour faire « djeune » ?) Même sur une chaîne comme arte on peut parfois trouver (dans Metropolis par exemple) des sujets dans lesquels des plans de moins d’une seconde, des faux plans, des queues de plans floues ou filées non coupées, les zooms se terminant dans le flou par défaut de mise au point, images saturées…. Certaines personnes sensibles ont intérêt à garder une cuvette sous la main – ne vous esclaffez pas, j’ai vu lors de la projection d’un film suédois qui avait eu la palme d’or à Cannes, une dame se précipiter aux toilettes n’ayant pu supporter la mobilité du cadre de certaines scènes tournées au moyen de petites PD 100 de Sony.
Adieu cadres léchés et belles lumières que savaient faire chefs opérateurs et cadreurs sortant des bonnes écoles (ASC,Fémis….). Pour eux bientôt le chômage définitif. Tout le monde peut faire maintenant des images – et même en Haute Définition : suffit d’avoir un petit caméscope et d’appuyer sur le bouton en le dirigeant tout autour de soi…. !


